Terre d'accueil je t'écris, à la Pointe Noire

16 mai 2012

De retour...

au bas débit, entre autres...

L’internet n’est pas des plus rapides ici, ce qui rend difficile l’écriture de ce blog. Ça traîne, ça rame et je me décourage.

Nous sommes donc rentrés et je redécouvre avec plaisir la vile. Je m’aperçois qu’à chaque retour de France ou d’ailleurs, je suis plus forte. Je connais mieux la ville, les us et coutumes et je m’adapte.

Je ne suis pourtant pas encore familière avec le fait de soudoyer, ce qui serait de mise avec la police.

Arrêtée pour « conversation au volant » (ce que le policier a indiqué sur ma contravention. J’ai pour ma part défendu mon cas : j’étais arrêtée dans une file en attendant que le policier la fasse avancer. J’ai posé mon téléphone dès que le policier a fait signe d’avancer. J’étais donc à l’arrêt. Mais, bizarrement, mon argument n’a pas convaincu), j’ai fait appel à l’aide d’un congolais pour me sortir du pétrin et récupérer mon permis. J’ai donc dû arroser deux personnes : le policier et ce congolais. Je n’ai pas osé proposer directement au policier un billet en échange de mon permis, effrayée que j’étais d’empirer mon cas. Tout le monde fait pourtant cela ici, c’est connu. Mais je n’arrive pas à me départir de mon honnêteté et, finalement, je décharge la tâche sur un autre. Ça ne me rend pas moins coupable de corruption puisque je paye un autre pour faire le sale boulot. Je me rends donc coupable de lâcheté.

mobile in car 

Mais si le retour est plus facile, des épreuves peuvent encore me décourager. 

J’ai découvert cette nuit ce qu’enduraient les populations ici, avec la malaria. Maux de tête, frissons, courbatures. J’ai cru mourir. Je me suis donc fait conduire à la clinique. Le test au palu (appelé ici la goutte épaisse) s’est révélé négatif mais, au vu des symptômes, le médecin a préféré me donner un traitement antipaludéen.  J’entame donc ce matin un traitement de cheval de trois jours. Encore une excuse pour déserter ce blog et inscrire en lettres capitales 

BLOG EN CONGE MALADIE

Malade

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20 avril 2012

Pause parisienne

avion

Départ imminent. De retour le 7 mai.

Au programme :

- Paris I love you

- Pau pour voir la région et visiter une maison

 Maison

- Récupérer des affaires chez une certaine Mamie Louise pour la boulangerie de mes amis ici, à Pointe Noire

- Appeler un cousin  de la nounou pour voir s'il a quelque chose à me donner pour elle

- Acheter un petit appareil photo pour un vendeur d'art pour payer l'achat d'un instrument de musique (il préférait cela plutôt à de l'argent - Heureux, il m'a dit que s'il avait un enfant, il l'appellerait comme moi. Il faudra que je revienne sur cette histoire de noms ici, au Congo)

- Rennes pour assister au mariage d'une femme formidable et faire la connaissance de certaines de mes étoiles de mars (j'en suis émue d'avance). En profiter aussi pour voir des amis.

Mariage 

 - Rencontrer d'autres étoiles de mars

Bref, africaine à fond avec mes missions pour les locaux. Débordée surtout, comme à chaque retour en France.

A bientôt depuis radio Pointe Noire !

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16 avril 2012

Lecture du moment

« Nous savions qu’entre l’équateur et le tropique du Cancer, les mois de la rentrée scolaire n’étaient pas ceux de l’automne, comme voulaient nous le faire accroire nos manuels de l’école primaire. Septembre, c’était la fin de la saison sèche. C’était, si l’on veut, notre printemps. Le moment où le paspalum, notre gazon indigène, vire du jaune au vert, et croît sans arrosage. C’est le moment où la chair des mangues se gorge de jus et de sucre, où les jacarandas piquettent leurs branches de fleurs pastel, où les hibiscus et les alamandas égayent les massifs, où les flamboyants éclatent de tous leurs feux. »

Une enfant de poto poto

Selon moi, ce livre doit faire partie de la bibliothèque de toute personne venant s'installer au Congo Brazzaville.

15 avril 2012

La vie en tongs, le rêve - Vraiment ?

pieds heureux

 

 

Ce n’est pas la vie en rose mais presque. Jamais de pieds oppressés dans des souliers ni enfermés dans des chaussettes. C’est la liberté. 

Et pourtant, ce n’est pas toujours le pied ; et surtout pas la vie en rose pour des milliers d’africains.

Squel

A la question « Que feras-tu là-bas ? », lorsqu’on m’interrogeait sur ma vie à venir au Congo, je répondais naïvement  « J’essayerai de m’impliquer dans une association pour aider les populations ».

Aujourd’hui, je ne fais partie d’aucune association bénévole.

Je ne savais pas, avant d’arriver au Congo, que l’aide humanitaire serait quotidienne.

En une semaine, voici les événements :

- La ménagère n’a pas assez d’argent pour payer l’école des enfants : je l’embauche un soir pour garder les enfants et se faire plus d’argent (payée au prix d’un baby-sitting européen, elle touche la moitié de son salaire mensuel en une seule soirée)

- La fille de la ménagère souffre de furoncles : je suis allée en pharmacie demander des antibiotiques et tous les produits de soin nécessaires pour la guérir (ici, avec de l’argent, tout s’obtient même sans ordonnance)

- La ménagère a fait une crise de palu, elle est venue me voir lundi avec sa facture d’hôpital que j'ai réglée. Elle est arrêtée une semaine. Je ne préviens pas sa Direction pour que rien ne lui soit ôté de son déjà maigre salaire.

- La nounou arrive en larmes hier matin et me dit « Ma sœur et son bébé sont mourants ». Finalement, le bébé est décédé. La mère avait fait une infection à l’accouchement de son cinquième enfant. Je n’ai rien eu le temps de faire.

- Vendredi, un vendeur d’art de la RDC (ils sont nombreux ici à essayer de vendre devant l'école) m’accueille à ma voiture, en sueur et angoissé. Sa fille de 2 ans a le palu ET la fièvre typhoïde. Il lui faut 15 000 pour payer les soins. Je le connais bien. Il me laisse en gage ses objets d’art. Je lui donne 20 000. J'attends des nouvelles mais avec ce cocktail mortel, je ne sais pas si elle va s'en sortir. A cet âge-là, les enfants n'ont souvent pas un volume de sang assez conséquent pour lutter contre le palu et une transfusion sanguine s'impose. Le genre de soin très difficile à prodiguer ici.

- Hier, une vendeuse de fruits et légumes à la sauvette m’implore d’aider à payer les médicaments pour sa fille malade. Je lui réponds :

- « je ne peux pas aider tout le monde [à ce moment-là, le film de la semaine me repasse dans la tête].

- Mais tu es ma copine

- Je suis la copine de beaucoup de personnes. Désolée. Vraiment, je ne peux pas. »

Et je monte dans ma voiture, enfermer cet horrible sentiment de culpabilité et me mettre dans une bulle qui me permettra de ne pas céder. Il faut avoir le cœur bien accroché pour dire « non » et mettre de côté sa compassion.

Dans ce pays, on se retrouve à bord d'un bateau en train de sombrer. On sait que tout le monde ne s'en sortira pas. Alors on fait des choix.

L’étendue des dégâts causés par un pouvoir avide et égoïste est colossale.

Chaque jour que je passe ici, je me pose cette question : "Comment peut-on abandonner ainsi ses enfants ?"

220px-Flag_of_the_Republic_of_the_Congo_svg

 Le vert pour la verdure, le jaune pour l'or, le rouge pour le sang versé par les esclaves.

Posté par Unepointedenoire à 09:16 PM - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
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27 mars 2012

Le concert

Samedi soir, nous avons découvert deux endroits : un bar à tapas, le Punch Coco et un piano bar, la Sanza. A la Sanza, à partir de 22h, un groupe se performe en live et des chanteurs défilent, dont la propriétaire du bar.

Le Punch Coco, c'est une terrasse couverte et protégée par des moustiquaires, un décor absolument pas espagnol et des faux perroquets dans une cage. Des tables basses, des fauteuils et la musique un peu trop forte pour une vieille rombière comme moi. La nourriture est bonne, les cocktails aussi. Bref, nous y retournerons !

Dans le piano bar, il fait sombre, très sombre. Même la serveuse a du mal à voir ce qu'elle fait. Est-ce propice aux coups fourrés comme verser une poudre louche dans le verre d'un ami peu apprécié ou pour attirer un homme dans son lit ? Des histoires circulent à ce sujet : le pire qu'il puisse arriver à un homme mal apprécié ici, c'est d'être drogué ou piégé. Il n'est pas question de règlements de compte sordides avec mort à la clef. Ouf.

Le groupe commence gentiment avec du Miles Davis et la nostalgie de Paris me prend. Nostalgie vite eclipsée par les morceaux qui suivent. Tout le monde danse, certains pour se défouler de la semaine, d'autres clairement à la recherche d'un coup pour la nuit de l'âme soeur. On sort pour trouver l'air (la cigarette n'est pas encore interdite dans les lieux publics) et retrouver la rue, la lumière, la réalité. Je n'ai pas envie de danser, je ne me sens pas bien ici. On rentre, fin du concert.

Un autre "concert" nous attend : le film de Radu Mihaileanu, un homme assez remarquable, récemment interviewé dans l'excellente émission En Sol Majeur, sur RFI. Ce film est très bon, cher Wilyrah et je te le conseille vivement ! Drôle, émouvant avec des acteurs remarquables dont François Berléand. L'histoire d'un chef d'orchestre déchu au rang d'homme de ménage pour avoir tenu à garder ses musiciens juifs à l'époque où ils étaient devenus personae non gratae. Une histoire folle de voyage à Paris, de dignité retrouvée, de famille déchirée.

Le concerto pour violon en ré majeur, op. 35 de Tchaïkovski en vedette :


Concerto pour violon et orchestre opus 35 de Tchaïkovski

 Le Théâtre du Châtelet me rappelle Paris et, de nouveau, la nostalgie m'habite ; moi qui oscille entre désir de rester et désir de partir. Toujours.



20 mars 2012

Danse africaine !

 Mon oxygène à moi, trois fois par semaine, les cours de danse africaine.

Il faut voir les miracles que cela fait sur mon moral.

C'est nécessaire voire vital ici, d'avoir ces moments heureux qui vous font vous accrocher à votre vie ici. .

Du pur bonheur dont voici des extraits :


African danse (lesson)


African danse 2 (lesson)

 

 

 


African dance 4 (Lesson)

 


African Dance 5 (Lesson)

10 mars 2012

En parlant de cages...

Le Roi et l'Oiseau

Je ne peux que penser à cela. Il faut dire que je l'ai visionné un peu moins d'une centaine de fois.

Ou un peu plus ?

Nouvel hôte

Divers Fev Mars 12 012

C'est triste un oiseau en cage.

Mais nous n'avons pas pu refuser ce cadeau arrivé directement dans sa cage. Il viendrait du Mayombe, une région du Congo. Là, où d'ailleurs, ils extraient l'eau minérale locale, la "Mayo" (non, non, ce n'est pas de la mayonnaise !), dont le slogan est "La santé n'a pas de prix !" (encore une belle ironie ici...)

Je pense que d'ici l'année prochaine (année prévue de notre départ), il retrouvera son habitat naturel, si cela est possible.

Je me renseignerai bien avant.

En attendant, nous allons le choyer. A moi les recherches sur le net pour savoir comment m'en occuper !

Bien sûr, les enfants sont ravis.

Posté par Unepointedenoire à 02:37 PM - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
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06 mars 2012

Riche et pourtant si pauvres

Comment un pays riche comme le Congo peut-il abriter tant de pauvreté ?

La tragédie de Brazzaville - court-circuit qui a provoqué un incendie dans un dépôt de munitions - en est un exemple concret : les hôpitaux n'ont pas assez de matériel pour soigner les milliers de blessés.

Ce dimanche 4 mars 2012, jour anniversaire de mon petit bonhomme (2 ans), mon mari reçoit un appel d'un collègue présent à Brazza à 8h du matin : il y a eu des explosions, c'est le chaos. Réaction immédiate de mon mari : appeler le consulat. Ils ne sont pas au courant. Dans le doute, nous avons préparé un sac, pour être prêts à évacuer au cas où.

Une autre collègue a eu ses vitres soufflées et sa petite soeur avec son enfant de 3 ans manquent à l'appel.

Les informations se précisent plus tard dans la matinée : un dépôt de munitions a pris feu, à Mpila, quartier populaire de Brazzaville. Des obus, des balles ont semé la panique tuant, blessant et faisant des dégâts matériels importants.

Mon mari a reçu des photos terrifiantes. Je me suis endormie avec l'image de cette petite fille d'à peine 9 mois, morte, allongée sur d'autres corps. Et je ne parle pas de la tête décapitée gisant sur le sol.

La taille des obus explique la destruction complète d'une église et d'un collège.

Obus Brazza 04 03 12

Les belles fleurs jaunes, typiques du Congo, sont une belle ironie...

Plus de 3000 personnes sont privées de foyer. Deux églises et un marché les accueillent actuellement.

Des quartiers entiers ont été rasés. Et les secours ont encore du mal à accéder à certaines parties du quartier.

Le bilan provisoire est de 150 morts mais je m'étonne qu'on ne parle pas des disparus. Je pense que ce bilan va hélas nettement s'alourdir.

Et la question que tous se sont posés : "Comment l'armée a-t-elle pu avoir un dépôt d'armes juste à côté d'un quartier populaire ?"

Une des failles ici : attendre les tragédies pour se poser ce genre de questions.

Les dirigeants devraient distribuer les richesses au lieu de se limiter à leur entourage. Elle est là la véritable tragédie du Congo. Et c'est ce qui rend la vie difficile ici : se sentir impuissant face à tant de pauvreté. Aider dans la limite de ses capacités mais savoir que ce n'est qu'une goutte dans le vaste océan de la misère.

Comment un pays avec autant de revenus pétroliers arrive-t-il encore à être classé PPTE, Pays Pauvre Très Endetté ?

J'aurais aimé rouvrir les pages de ce blog sur une note plus gaie mais je ne pouvais pas ignorer cet événement majeur de la vie congolaise, des collègues ont parfois perdu jusqu'à 10 membres de leur famille. Je leur rends donc hommage aujourd'hui.

Pour plus de détails et images (puisque, a priori, les JT français ne couvrent pas cet événement) :

Les Dépêches de Brazzaville

RFI Afrique

Posté par Unepointedenoire à 08:39 AM - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
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13 février 2012

Hibiscus sabdariffa

ou Oseille de Guinée. Quel joli nom pour cet hibiscus à fleurs rouges qui permet la préparation du bissap, boisson locale.

Nous avons découvert le bissap peu après notre arrivée au Congo, lors d'un dimanche au lac, chez des amis. Des sénégalais ont apporté ce fameux jus nommé bissap mais aussi du jus de gingembre. Un délice.

Hier, ma ménagère a apporté les fleurs pour me montrer la préparation.

Les fleurs ressemblent à cela et ont un parfum très agréable :

Hibiscus sabdariffa

Il faut les laisser infuser au moins 1h puis les faire bouillir environ un quart d'heure, filtrer et c'est prêt !

Cela donne un beau jus rouge, à sucrer selon les goûts. Ici, ils sucrent énormément, je le coupe donc à l'eau.

Le nôtre, j'ai pris soin de ne pas trop le sucrer. Un délice.

Bissap

Ma mènagère, c'est ma conteuse congolaise. Avec elle, j'en apprends beaucoup sur le pays. Elle est un vrai condensé des problèmes de l'Afrique. Sa fille a eu le malheur de rencontrer un européen et de croire à l'amour. De cette rencontre est née une fille qui a aujourd'hui 4 ans. Je dis "malheur", car maintenant le père veut emmener sa fille en Europe, contre le gré de sa mère. S'ensuit une bataille judiciaire avec pour conséquence, une petite fille pleine d'avenir qui est déscolarisée. J'ai appris tout cela lorsqu'elle l'a amenée à la maison, pendant que sa fille passait devant la justice. Et voilà plusieurs semaines que, de temps en temps, elle vient chez nous. Et, bien évidemment, je m'y suis attachée et les enfants aussi. Et mon mari aussi, à ma grande surprise.

Le mari de ma ménagère est décédé, elle élève donc seule ses enfants. Elle en a 7 dont 3 encore scolarisés : un fils de 15 ans et deux filles de 10 et 7 ans. Nous discutons beaucoup et l'autre jour elle a même suggéré que je prenne son fils chez moi, que je l'adopte. Car il approche de l'âge où les enfants deviennent des adultes et où la porte des études se referme sur eux quand ils n'ont pas les moyens d'aller à Brazzaville (où il y a une université).

Ici, notre famille s'est agrandie avec notre personnel de maison. Leurs problèmes deviennent nos problèmes. Nous faisons vivre 7 familles. Mais à 90 000 francs CFA (140 euros) le salaire moyen, ils rament. Donc, le mot d'ordre ici, c'est la débrouille.

Dans ces conditions, comment rêver à un avenir meilleur ? Quels peuvent bien être les rêves de ces jeunes alors que, après le bac, ils vont devoir se débrouiller pour gagner leur vie, sans formation ?

Je ne comprends pas que les dirigeants africains n'investissent pas dans l'éducation de leurs enfants, l'avenir du pays. Je ne comprends pas qu'ils ne pensent qu'à amasser des millions pendant que leurs enfants vivent pour la plupart dans des conditions sanitaires déplorables. Je ne comprends pas, vraiment. Et je ne sais pas comment l'Afrique pourra s'en sortir, si elle s'en sortira un jour. Bien triste constat.

Posté par Unepointedenoire à 06:00 PM - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
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