La nuit, Pointe Noire devient méconnaissable. Les guirlandes s’illuminent sur les maisons transformées en bars ;  bars qui, en journée, passent souvent inaperçus.

Les chinois sont très implantés ici et leurs établissements sont reconnaissables aux lampions accrochés à l'entrée.

On peut aussi y lire parfois "Alimentation de chinoise" ou encore "Chinoise restaurant". Mais ici, les fautes de français font partie du folklore. "Quaincaillerie", "le vin de table imbatable"...

C'est un mystère pour moi tous ces chinois ici. Ne me demandez pas pourquoi. Il paraît qu'ils baragouinent du lingala pour communiquer avec les congolais et que ce sont, pour la plupart, des prisonniers chinois envoyés ici pour travailler sur les chantiers. Il paraît. Je ne peux rien affirmer. Mais je tiens cela d'un passionné du Congo, vivant à Pointe Noire depuis 13 ans.

Le manque d’éclairage public rend la conduite difficile. La vigilance est de rigueur, on a tellement vite fait de tomber dans un des trous de la route. Ou de croiser une chèvre, un chien errant ou on ne sait quel autre obstacle incongru. Je ne tiens pas particulièrement à avoir des soucis ici ayant déjà fait plusieurs mauvaises expériences avec la police. Même si, après coup, on se dit toujours que c'est une expérience intéressante. J'en parlerai à l'occasion en essayant de garder mon calme. Il faut vivre des petits riens comme ça pour comprendre tout un pays parfois.

Vendredi soir. Nous avons décidé d’aller au cinéma, ma fille et moi. En fait, j'ai décidé et ma fille a suivi, excitée ! « Cinéma », c’est un bien grand mot. Il n’y a pas de salles de cinéma ici. Il paraît que le seul cinéma qui existait a été transformé en église. Ils sont très fervents au Congo. D’ailleurs, on questionne souvent ma fille sur ses croyances :

- « Tu pries ? »

- « Non. »

- « Mais il faut prier !!! C’est Dieu qui nous a créés, sans lui nous ne serions rien ! »

C’est ce que je n’aime pas dans le fanatisme religieux : on veut vous convertir. Je n’ai jamais essayé de rendre athée un croyant. Chacun fait bien ce qu’il veut.

Cinéma, donc. C’est dans le Centre Culturel Français qu’on se rend. Des chaises en plastique sont installées et un retro projecteur se charge de projeter le film sur un grand mur blanc. Ce soir, nous visionnerons « Le nom des gens », un film de Michel Leclerc avec Sara Forestier et Jacques Gamblin.  

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Je ris beaucoup. L’ambiance est sympa dans la salle : nous ne sommes qu’une petite vingtaine, beaucoup d’habitués a priori. Et ma fille ressort ravie et me pose plein de questions.

Le plus gênant avec ce film, ce sont les scènes intimes. A 9 ans, ma fille a beau savoir que les choux et les roses ce sont des foutaises, elle n'a pas non plus besoin de voir certains détails ("Pourquoi il lui lèche les seins ?"). Donc, je ne pourrai pas toujours la prendre avec moi ce qui risque de me valoir bien des griefs. Etre mère, c'est aussi cela, s'en prendre plein la figure. Mais on se dit qu'on contribue à la construction de notre enfant et on encaisse.

J’y retournerai dès que possible (c'est pas gagné).

Demain, ce sera un documentaire "Women are heroes". Pas sûr que j'arrive à le voir. Je le louerai, le CCF permettant la location des films projetés. J'ai d'ailleurs pu visionner "Just a kiss" de Ken Loach ce soir. Atta Yaqub m'a séduite, en vrai ado que je peux être parfois. En vrai rebelle aussi qui parfois s'imagine tout plaquer et s'isoler. Mais qui oublie que le temps la rattrappe cruellement.

Paris-ciné, qu'est-ce que tu me manques parfois !