Le ciel, gris le matin, vire au bleu pétant la journée. Il pleut encore alors que la saison sèche devrait être là, jusqu’à mars. Notre quartier n’étant pas pourvu de routes goudronnées, il devient un dédale de dos d’ânes et de mares gigantesques qu’il faut franchir en priant de ne pas tomber en panne dedans.

Bonne nouvelle : le goudron arrive à nos portes. Ou presque. Nous n’aurons plus qu’un petit tronçon de route boueuse à franchir avant d’arriver sur une route digne de ce nom : goudron et évacuation d’eau. Sans cette dernière, les routes se creusent au fil des pluies.

La ville progresse.

Les élections approchent aussi.

elections

 

2013 s’annonce pleine d’émotions encore.

Ce blog sera-t-il plus fourni ? Je ne sais pas. Je n’arrive pas forcément à retranscrire toutes mes émotions, comme s’il me fallait le temps de tout digérer pour ne pas recracher des banalités. 

Notre année commence par une expérience de vie locale forte : la veillée. Si mon mari en est déjà à sa 3ème au moins, c'était ma première fois.

Nous nous sommes aventurés dans la cité, le soir, sur une route goudronnée (comme quoi le pays progresse) pour y assister. 

Le père d’un proche collègue de mon mari est mort.

Lorsqu’une personne décède ici, une veillée est organisée devant sa maison. On installe des sièges, de la musique et la TV. Les amis, la famille, les collègues de travail viennent chaque soir se recueillir avec les plus proches parents. Rien de triste, non. Les gens s’assoient et discutent. De tout et de rien.

Le goudron et l’électricité furent les principaux sujets de conversation avec nos interlocuteurs  : le progrès se mesure à ces éléments ici.

Et il faut admettre que le goudron avance.

Route

Est-ce une bonne chose ? Oui et non.

Oui pour les populations qui souffrent de vivre dans la boue et sont inondées en permanence. Fin 2012, les pluies particulièrement fortes, ont fait de nombreux morts ici.

Non si ce goudron va trop loin et détruit des forêts. Mais on en est encore loin, heureusement. Le Congo reste sauvage et magnifique par endroits. Il suffit de faire 30 minutes de route pour s’en rendre compte. Ou plus loin : ci-dessous, les chutes de Sossi (Dolisie)

Chutes de Sossi 115

 

Tous les soirs donc, pour la veillée, le même rituel s’installe.

Le dernier soir, le mort est ramené dans sa maison, d’où il partira pour être enterré. Et, ce soir-là, on veille le mort toute la nuit.

Dans le cas d’hier soir, le mort sera enterré dans son village natal, à Bindi. La famille va donc faire un long voyage car ce village se trouve vers Dolisi, à plus de 2h de route. 

Ce sont des moments à vivre pour se sentir du pays. Et notre démarche est très appréciée, celle de se déplacer et de venir participer à cet événement. Nous faisions le constat hier avec mon mari que travailler pour une société nationale, où le personnel est à 99% congolais, permet de vivre au cœur de la société congolaise et de mieux comprendre ses mécanismes. Et nous sommes heureux de vivre cette Afrique. Depuis Paris, elle n’avait pas du tout les mêmes couleurs et nous avions plein d’idées farfelues à son sujet. 

Je me rapproche aussi de ce peuple par le biais d’un apprentissage du dialecte local, le Munukutuba ou le Kituba (prononcer « ou » le « u »). Le cours est dispensé par un homme passionnant, qui partage aussi les us et coutumes du pays. 

Et je m’attache beaucoup aux personnes qui m’entourent.

Et j’aimerais arrêter d’avoir les larmes aux yeux quand j’entends que des enfants ne vont pas à l’école faute de moyens. Je ne comprends pas pourquoi cela me touche tant et pourquoi je peux avoir envie de pleurer si facilement. C’est ce que je déteste avec ce pays : me sentir impuissante face à tant d’injustice.

Ma résolution donc de cette année, aider à payer l’école aux enfants de la nounou qui élève seule deux enfants. Leurs pères respectifs ont chacun abandonné leurs enfants. Lorsqu’elle a demandé la contribution pour l’école à l’un d’entre eux, sa réponse fut : « débrouille-toi ».

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Eh bien, elle se débrouille notre Ella et elle mérite qu’on l’aide !

Et honte à ces hommes lâches qui abandonnent leurs enfants.

Même si je ne sais pas quel est le niveau de l’éducation qui leur est fourni, ils sont mieux à l’école que dans la rue.

 

Que 2013 vous soit belle et émotive !

Arbre coeur